La panne de courant massive du 28 avril 2025 en Espagne et au Portugal


Le 28 avril 2025 à 12h33, l’Espagne et le Portugal ont subi la plus importante panne de courant qu’a connue l’Europe depuis plus de vingt ans. Cet événement a privé d’électricité 60 millions de personnes pendant environ dix heures, provoquant des perturbations massives et causant au moins huit décès.

Le déroulement de la panne

À 12h32:57, une série de déconnexions de générateurs s’est produite dans le sud de l’Espagne, entraînant une perte de production estimée à 2 200 MW. En l’espace de quelques secondes, deux incidents comparables à une perte de production ont conduit à la déconnexion de 15 GW de production électrique sur l’ensemble de la péninsule ibérique.

La demi-heure précédant la panne a été marquée par deux épisodes de fluctuations importantes de puissance, de tension et de fréquence. Les oscillations de fréquence et le décrochage initial se sont produits à la centrale Nuñez de Balboa, un important parc photovoltaïque de 500 MWc exploité par Iberdrola dans la province de Badajoz.

Le courant électrique a été interrompu pendant environ dix heures dans la majeure partie de la péninsule, avec des rétablissements progressifs variant selon les régions. Certaines zones ont connu des coupures plus longues encore.

Les zones affectées

La panne a touché l’ensemble de l’Espagne continentale et du Portugal, ainsi que l’Andorre et certaines régions du Sud-Ouest de la France. L’Andorre, connectée au réseau espagnol, a été affectée quelques secondes avant qu’un système de récupération automatique ne raccorde son réseau à celui de la France.

Les causes identifiées

La cause immédiate : une surtension en cascade

Le panel d’experts d’ENTSO-E (European Network of Transmission System Operators for Electricity) a identifié la cause immédiate comme une “surtension en cascade” (cascading overvoltage). Ce phénomène technique se caractérise par une montée de tension qui déclenche des montées supplémentaires, se propageant à travers le réseau comme une réaction en chaîne.

La perturbation de tension a dégénéré en instabilité du réseau, déclenchant des protections automatiques et causant une perte rapide d’approvisionnement dans toute l’Espagne et le Portugal.

Les causes structurelles

En septembre 2025, un rapport de l’Institut de recherche technologique (IIT) de l’Université pontificale Comillas a mis en évidence les facteurs structurels ayant contribué à la panne :

  • Insuffisance de génération synchrone avec contrôle dynamique de tension : au moment de la panne, la production d’énergie solaire représentait 73 % de la demande prévue. Si les énergies renouvelables ne sont pas responsables de la panne en soi, leur déploiement rapide n’a pas été accompagné des adaptations nécessaires du réseau.

  • Résilience limitée du réseau de transmission : l’analyse des experts a souligné qu’un réseau électrique obsolète avait été un facteur déterminant. La vitesse de déploiement du photovoltaïque en Espagne a surpassé les adaptations du réseau, créant des “défis de stabilité”.

Ce qui a été écarté

Les enquêtes ont permis d’exclure certaines hypothèses initiales :

  • Cyberattaque : le gouvernement espagnol et l’opérateur Red Eléctrica ont confirmé qu’aucune cyberattaque n’était à l’origine de la panne.

  • Énergies renouvelables : le rapport factuel d’ENTSO-E montre clairement que les énergies renouvelables ne sont pas à blâmer pour la panne à grande échelle. Le manque d’inertie ou les oscillations inter-zones n’ont pas été des causes profondes.

Les conséquences humaines

La panne a causé au moins huit décès confirmés, dont sept en Espagne et un au Portugal.

Les victimes en Espagne

Six décès ont été enregistrés en Galice, dont trois membres d’une même famille à Taboadela, victimes d’une intoxication au monoxyde de carbone causée par un générateur à essence défectueux. Ce type d’accident illustre les risques associés à l’utilisation improvisée de solutions de secours lors de pannes prolongées.

Un septième décès a été enregistré à Madrid lors d’un incendie dans une habitation, qui a également fait 13 blessés.

La victime au Portugal

Une femme de 77 ans, dépendante d’un ventilateur mécanique 24 heures sur 24, est décédée après que son appareil d’assistance respiratoire a épuisé sa batterie. Les services d’urgence médicale nationale ne sont pas arrivés à temps pour lui porter secours.

Surmortalité dans les jours suivants

Une étude de recherche analysant l’impact sanitaire plus large de la panne a révélé qu’en Espagne, la mortalité a augmenté au cours des deux jours suivants (+167 décès ; intervalles crédibles à 95 % : +28 à +300), particulièrement parmi les femmes âgées de 85 ans et plus. Aucun excès de mortalité clair n’a été constaté au Portugal.

Les perturbations des services essentiels

La panne a provoqué des perturbations massives dans l’ensemble de la péninsule ibérique :

  • Transports : les réseaux de métro ont été paralysés, les feux de circulation ont cessé de fonctionner, entraînant des embouteillages généralisés
  • Trafic aérien : les aéroports ont connu des interruptions importantes
  • Communications : les services mobiles ont été perturbés
  • Services d’urgence : les systèmes d’urgence ont été affectés, comme l’illustre tragiquement le décès de la patiente sous ventilation au Portugal

Les enseignements à tirer

Pour les gestionnaires de réseaux

Cette panne historique met en lumière plusieurs défis critiques pour la gestion des réseaux électriques modernes :

  1. Adaptation des infrastructures : la transition énergétique vers les renouvelables nécessite une modernisation parallèle des réseaux de transmission. La production variable des énergies renouvelables exige des systèmes de contrôle de tension et de stabilité plus sophistiqués.

  2. Contrôle dynamique de tension : le déploiement rapide de sources d’énergie décentralisées requiert des mécanismes de contrôle dynamique de la tension pour prévenir les instabilités en cascade.

  3. Résilience du réseau : les infrastructures de transmission doivent être renforcées pour gérer les flux d’énergie bidirectionnels et les variations rapides de production.

Pour les citoyens et les foyers

Les décès causés par la panne soulignent l’importance de la préparation individuelle aux situations d’urgence :

  1. Générateurs d’urgence : l’utilisation de générateurs à essence ou diesel présente des risques graves d’intoxication au monoxyde de carbone. Ces appareils ne doivent jamais être utilisés à l’intérieur d’une habitation ou dans un espace clos. Une ventilation adéquate est absolument essentielle.

  2. Personnes dépendantes d’équipements médicaux : les foyers où résident des personnes dépendantes d’appareils médicaux électriques (ventilateurs, concentrateurs d’oxygène, etc.) doivent disposer de :

    • Batteries de secours avec autonomie suffisante
    • Un plan d’évacuation vers un établissement médical
    • L’inscription sur les listes prioritaires des services d’urgence
  3. Préparation générale : disposer d’un stock d’urgence incluant :

    • Lampes de poche et bougies (avec précautions)
    • Radio à piles pour rester informé
    • Réserves d’eau et de nourriture ne nécessitant pas de réfrigération ou de cuisson
    • Médicaments essentiels en quantité suffisante
    • Chargeurs de secours pour téléphones portables

Pour les autorités

La réponse des services d’urgence lors d’une panne généralisée doit être planifiée et exercée régulièrement. Les délais d’intervention peuvent être considérablement allongés lors de perturbations massives, rendant l’autonomie individuelle d’autant plus cruciale.

Les suites de l’enquête

Le panel d’experts d’ENTSO-E a publié un rapport factuel détaillé le 3 octobre 2025, reconstituant la séquence des événements avant et pendant l’incident. Le rapport final, qui comprendra des recommandations complètes pour prévenir de futures pannes de cette ampleur, est attendu pour le premier trimestre 2026.

Cette panne constitue un événement majeur dans l’histoire des réseaux électriques européens et servira de référence pour améliorer la résilience des infrastructures énergétiques face aux défis de la transition énergétique.


Sources